De 1917 à la "perestroïka"

La victoire du moralisme sur le socialisme


Sommaire  |  Chapitre 3  


Quatrième chapitre.

Le socialisme soviétique et la démocratie: une comparaison de systèmes

Que fait Gorbatchev dans son temps libre? Lorsque Shevardnadze se trouve à l'ONU, avec qui sort sa femme? Le maréchal Ajromeiev aime-t'il faire la cuisine et quels sont ses plats préférés? Comment Raissa fête-t-elle les anniversaires de ses petits-enfants? etc.

Voilà autant de questions importantes pour la culture politique d'une démocratie occidentale auxquelles les mass média soviétiques n'apportent tout simplement aucune réponse. Ce sont les reporters du monde occidental qui doivent remplir cette fonction d'observer par tous les trous de serrure imaginables ce que font les grands de ce monde, car les mass média soviétiques ne leur rendent pas ce service.

La lecture de la biographie officielle du nouveau membre du bureau politique n'est qu'une seule déception: on n'y trouve ni son état-civil ni le nombre de ses enfants, tout au plus les références sommaires de la carrière typique d'un fonctionnaire!

Même les questions politiques les plus importantes concernant l'opinion publique soviétique restent sans réponse. Comme celles de savoir quelle coalition a mis Gorbatchev au pouvoir? Si Tchernenko aurait voulu avoir un autre successeur? Quelles intrigues Eltsine manigance-t-il contre Gorbatchev? Combien de secrétaires du parti soutiennent le ministre de la défense?

Aucun organe périodique soviétique n'observe minutieusement les tendances et les conjonctures de la concurrence politique, ne publie les opinions contraires lors de la réunion du cabinet, ne décrit les scandales et les promesses électorales. Autant d'omissions auxquelles les journaux étrangers comme Le Monde, le "Time" ou le "Spiegel" doivent suppléer. La télévision soviétique n'est pas en mesure d'entretenir son public sur la rivalité existant entre les candidats du bureau politique. Des attractions de valeur éducative et émotionnelle comme la tragédie politique de Gary Hart sont des faits totalement étrangers au public soviétique.

Finalement, des questions essentielles et de plus grand intérêt pour la liberté, comme celles de savoir: Combien de sièges obtiendra le Parti national ukrainien? Shevardnase gagnera-t-il dans sa commune natale? Gorbatchev obtiendra-t-il les points nécessaires pour un vote direct?, ne sont pas posées à l'homme soviétique. Il n'existe pas en Union soviétique un intérêt étatique à constater si les différentes figures au gouvernement trouvent la sympathie du peuple gouverné et encore moins à vouloir procéder à un test à ce sujet dont les résultats stimuleraient la rotation des personnes se trouvant au pouvoir. Aucun homme politique soviétique n'est si opportun ou ne se préoccupe d' attiser l'enthousiasme électoral du peuple en proclamant la lutte contre les concurrents politiques d'un autre parti et en maintenant le suspense jusqu'aux dernières estimations faites par ordinateur. Aucun électeur ne peut se satisfaire de contribuer par son vote à entretenir les spéculations. C'est pourquoi la "vraie décision" prise aux urnes dans le bloc soviétique – contre le parti unique, bien entendu – est réservée, malheureusement en théorie, au juste discernement des démocraties occidentales.

Pourtant, l'URSS et ses alliées disposent d'institutions démocratiques telles que les élections, une culture politique et l'existence de personnalités politiques. Et, la question de savoir si ces acquis, comparés à l'opinion publique libre et au système occidental de partis pluralistes, font vraiment aussi mauvaise figure que prétendent les condamnations habituelles faites à l'Ouest sur le "régime de l'injustice" et sur ses "parodies d'élection" mises en scène par une bureaucratie dominante incapable, s'adonnant au culte de la personnalité – c'est une question qui vaut la peine d'être examinée.

I. Le culte de la personnalité. Une question de goût des électeurs et le respect impersonnel du pouvoir

Lorsque le citoyen soviétique est convoqué à élire son soviet suprême, il lui est au moins épargné la supercherie cynique de croire que son suffrage mettrait pour ainsi dire le pouvoir étatique entre ses mains. Si, dans les zones démocratiques de la planète, un électeur possède le droit de décider personnellement entre plusieurs concurrents sur un pouvoir qui, lui, n'est pas mis en question, cela ne signifie pas que son suffrage serait quelque peu décisif, voire même qu'il s'agirait ici pour le pouvoir de tenir compte de ses intérêts. La haute considération que connaît ce droit démocratique fondamental se fonde plutôt sur le mensonge que, par sa petite croix, l'électeur pourrait "en quelque sorte" se prononcer sur l'objectif des institutions de l'Etat puisque celui-ci lui concède le droit de juger si tel ou tel candidat est digne de cette charge. Un mensonge qui est de plus tout de suite démenti: Si le "mauvais" candidat gagne, le droit fondamental à des élections libres est satisfait par le fait qu'au moins le propre candidat aurait pu les gagner...

Les campagnes électorales en URSS, comparées à celles faites à l'Ouest, sont presque un hommage national à la sincérité. On dirait même, elles polémiquent contre l'illusion que la prise en charge de telle fonction par telle personne appartenant à tel parti signifie grand chose – à plus forte raison son intervention personnelle dans une concurrence politique déterminée par mille hasards et autant de circonstances arbitraires. L'acte de déléguer le pouvoir en URSS, la décision – par logique prise au suffrage public – de nommer un candidat pour telle ou telle fonction, est conçu comme le point final d'un processus interminable de discussions entre le peuple et le parti dans lequel les deux parties doivent s'accorder sur les "tâches sociales", sur les nécessités et les projets économiques et sur les décisions politiques etc.

Comme si le parti voulait toujours apporter la preuve qu'il ne porte aucun intérêt à une confiance aveugle du peuple, ni à son indifférence, il convoque les électeurs aux réunions électorales et enregistre avec orgueil le nombre des participants, de ceux ayant demandé la parole, l'afflux de lettres et de propositions. Le système politique soviétique cultive et développe une forme de "participation" politique qui dans le royaume de la liberté se borne aux lettres des abonnés et aux raisonnements de comptoir sans autre conséquence que de prouver l'abrutissement de la conscience civique des &eacupe;lecteurs. C'est que précisément, en URSS, personne ne doit avoir l'illusion que le seul acte électoral, à savoir l'élection de son candidat préféré ou le fait qu'il aurait pu être élu, signifierait que ses propres intérêts se trouvent en de bonnes mains.

Bien entendu, cela ne veut pas dire qu'à la différence de l'Ouest en URSS plusieurs programmes de gouvernement se fassent concurrence. Mais peu importe. L'indifférence que présentent des élections démocratiques envers les motifs des électeurs de voter oui ou non, désavoue de prime abord tout raisonnement, toute réserve, toute comparaison bien réfléchie avec lesquels les électeurs informés ou ignorants, astucieux ou naïfs, engagés ou sceptiques, veulent accompagner leur croix. Et tous les partis politiques du monde libre tiennent compte depuis longtemps de cette loi fondamentale de la liberté électorale démocratique lors de leur concurrence au pouvoir. Aucun parti n'ennuie ses électeurs avec des informations sur un programme alternatif de législation ou les "surmène" en leur demandant des arguments sur ce qu'ils en pensent. C'est par les interprétations idéologiques les plus sottes des mêmes événements politiques telles que: "pour la consolidation de la démocratie", "liberté au lieu du socialisme" ou "une majorité pour le changement", que les partis gagnent la confiance de leurs électeurs. Le pouvoir soviétique épargne à ses sujets de telles sottises.

Si, dans une réunion électorale en URSS, un orateur affirmait "qu'il voulait assurer ses responsabilités comme un chrétien" ou bien "réclamait l'héritage libéral", il se blâmerait en toute justice devant son auditoire. En effet, en Union soviétique, c'est le plan qui est le thème électoral: l'exécution du programme étatique pour améliorer le bien-être de la population soviétique avec les données du plan et les pénuries dans la distribution, la critique du non-accomplissement et de la négligence. Tout autant de questions qu'un citoyen démocratique émancipé trouve ridicules. Celui-ci est en effet habitué à régler la "question" de son "niveau de vie" avec le chef du personnel de son entreprise, avec sa banque à la fin du mois et avec la liste de prix de son supermarché.

Dans les débats sur de tels problèmes purement matériels, il est évident qu'aucun homme politique ne peut acquérir la "stature" demandée et ne peut prouver sa "capacité de suggestion", autant de qualités qui caractérisent les "grands recruteurs" de voix. De telles "qualités" reposent en effet sur la superstition populaire qui prend le pouvoir pour du savoir-faire, et le fait de gouverner comme l'expression d'une habilité personnelle; des caractéristiques individuelles seraient donc la capacité sur laquelle repose le droit de pouvoir disposer d'autres personnes. Et cette confiance ne peut jamais être confirmée si les performances du pouvoir politique doivent se mesurer à la mise à disposition assurée de toutes les choses nécessaires. Elle se base sur la volonté du sujet démocratique de se laisser tromper aussi bien sur le pouvoir que sur ses mandataires et ses aspirants par les rapports étroits existant entre les hommes politiques et le pouvoir qu'ils possèdent. Un citoyen émancipé ne juge pas ses dirigeants, mais les admire – ne serait-ce qu'en appliquant critiquement aux gouvernants le critère absurde selon lequel leur force politique aurait à se justifier par leur personnalité.

Dans la démocratie, on peut se lamenter sans arrêt ni conséquence sur la non-satisfaction d'une telle exigence: ceci n'est que le témoignage d'un profond respect pour ces institutions. En outre, une telle critique ne peut que servir au concurrent dont, la forme d'arrogance peut mieux plaire.

Ce culte de la personnalité ne se base ni sur des idées précises sur la tenur des affires politiques, ni sur l'examination par les sujets concernés de ce que représente pour eux les actions de la classe politique. Ce qu'il faut, c'est le mensonge de la "personnalité suprême" dont le candidat lui-même est l'auteur avec son air suffisant: "Vous voyez devant vous le futur président de la République...", illustré par une famille intacte, des voyages, un air affecté et surtout par l'apparition permanente à la télévision.

L'homme soviétique qui n'a pas besoin d'assister à un tel spectacle, ne sait certainement pas l'apprécier, car il lui est sûrement impossible de s'imaginer combien l'interview d'un homme politique démocrate ou une campagne électorale à l'Ouest sont écoeurants. Il est habitué à de braves fonctionnaires qui, pour les journalistes occidentaux, manquent de personnalité et de désinvolture – ceux-ci remarquent l'absence de l'arrogance du pouvoir auquel ils sont accoutumés. Comment pourraient-ils aussi la posséder? La carrière d'un fonctionnaire soviétique dépend de ses succès dans l'accomplissement de l'objectif du plan, de l'élimination des difficultés dans l'approvisionnement et de la lutte contre les abus de la propriété étatique – et non des succès dans l'atteinte d'une majorité démocratique. Une fois qu'il occupe une haute charge, sa vie privée n'est pas plus intéressante pour l'opinion publique qu'auparavant. Ni un grand nombre d'enfants, ni une épouse ravissante et même pas l'enthousiasme des masses, ne servent de preuve au mensonge que le pouvoir de l'Etat aurait trouvé en son haut dignitaire un administrateur sympathique auquel on peut faire confiance sans en demander plus. Ce sont toujours les mêmes performances et qualités impersonnelles qui sont attribuées aux membres du bureau politique: "Fidélité aux principes léninistes", "lutteur infatigable pour la paix et le communisme", "patriote ardent", a accompli telles et telles fonctions, a reçu telles décorations etc.." Mais jamais: "En premier lieu, un père et un homme exemplaires". Aucune anecdote personnelle ne satisfait le besoin d'un sujet démocratique à sentir le "flair humain" des puissants. Le discours fait à la tombe de Tchernenko et la présentation du nouveau secrétaire général étaient sur le même plan. Et pourquoi pas? Il en revient au même pour les charges qu'ils occupent. Et même en faisant des louanges à ses dignitaires, le parti procède comme s'il voulait les protéger de la méprise qu'ils incarnent une nécessité sociale jusqu'aux bouts des doigts – en évitant toute allusion à leur individualité.

La fin d'une carrière politique dans le bloc soviétique manque tout autant d'attraits. Les erreurs, constatées dans "le développement impétueux du socialisme pour réaliser des performances toujours plus élevées", qui vont de la mauvaise organisation de la récolte au manque de planification dans la construction d'un combinat industriel, sont attribuées aussi bien au parti qu'aux organes du "contrôle populaire". Si les coûts de ces erreurs sont trop élevés, comme par exemple dans le cas d'une récolte catastrophique que l'on ne peut pas imputer au mauvais temps, il est possible que même un secrétaire du Comité central soit relevé de ses fonctions et qu'il ne perde pas seulement son poste, mais aussi la vie. Il est évident qu'une telle sanction prive un électeur de la satisfaction d'avoir chassé un homme politique impopulaire par son suffrage. L'homme soviétique ne possède pas en effet ce droit d'homme, mais est-ce un malheur? Est-ce qu'une vie digne dépend vraiment de la concurrence des partis au pouvoir? D'une concurrence qui n'admet comme "erreurs" que la vantardise avec les valeurs morales, l'éloignement par rapport aux citoyens et le manque d'autorité, les éléments sur lesquels les électeurs ont à décider. S'ils ne sont pas invités à donner leur avis sur l'hypocrisie ou les vertus des candidats et s'ils ne servent pas de recours essentiel à toutes les intrigues pour atteindre le pouvoir: la vertu d'inspirer confiance, est-ceci la pire oppression?

II. "LA RESPONSABILITE POLITIQUE". Emploi de nécessités ou service au peuple

"La responsabilité de la fonction publique" est aussi dans le bloc soviétique une des charges plus agréables à porter que la dignité d'un citoyen qui, à côté de son vote, doit assurer son travail quotidien. C'est pourquoi le travail gouvernemental n'a jamais non plus souffert d'un manque de personnel. Toutefois, la responsabilité politique dans le monde socialiste a une teneur un peu différente de celle du bloc occidental: non pas à cause de la morale de ceux qui l'assument, mais parce que la morale diffère tout autant que l'exercice de la profession dans l'un ou l'autre bloc.

Par exemple, dans les deux systèmes, les ministres de la construction sont responsables de la construction d'un certain nombre de logements dans un laps de temps déterminé, mais ici s'arrête toute similitude.

En Union soviétique, il s'agit de réaliser le plan général de l'Etat, d'accomplir les plans partiaux sur les matériaux de construction, les transports etc., qui doivent coordonner l'activité de toutes les entreprises participantes et de stimuler les travailleurs pour qu'ils observent les délais prévus. Ce n'est pas uniquement l'esprit d'organisation qui est demandé, mais la compensation d'une contradiction jamais avouée. Celle-ci consiste dans le fait que le plan étatique engage les entreprises concernées, à satisfaire d'une part les nécessités en logements et à réaliser d'autre part un bénéfice. Le plan n'opère pas tout simplement avec des performances à réaliser, mais avec des prix; les nécessités réelles à satisfaire sont remplacées par un "pouvoir d'achat", limité et dépendant de la remise de fonds par l'Etat. La production ne doit pas servir à fournir tout simplement des produits, mais une différence aussi élevée que possible entre les recettes des entreprises et leurs coûts d'exploitation, une différence qui est remise comme masse financière à la disposition des organismes du plan. C'est ainsi que l'intérêt de satisfaire les nécessités se transforme en une série de contradictions: entre les nécessités et les moyens financiers; entre le client et les entreprises qui paient les factures; entre le devoir d'optimiser la qualité des produits de l'entreprise et le devoir de réaliser un bénéfice pour les divers fonds financiers; entre l'intérêt de l'entreprise à accumuler des fonds financiers aussi élevés que possible pour stimuler le rendement de la direction et du personnel et l'intérêt de l'Etat à utiliser le plus possible ces fonds pour couvrir les nécessités financières de ses organismes de planification.

Celui qui prend l'argent pour une invention géniale du genre humain pour harmoniser les nécessités sociales avec la production de biens, ainsi que le prêche tout professeur bourgeois d'économie, pourrait corriger son opinion à la vue de l'économie politique soviétique. Elle n'est précisément pas une planification communiste de l'économie, mais met en pratique ce mensonge selon lequel "le levier économique de l'argent" serait le moyen adéquat pour un meilleur fonctionnement de la planification et de la distribution.

En occident, les ministres du logement n'ont pas à faire à des antagonismes du même genre – car eux ne s'occupent pas à satisfaire un besoin en logements, mais à régler un marché du logement. Rien ne leur est plus évident que la relativisation de tout besoin à la solvabilité ainsi que le calcul des intérêts des entreprises de construction. Ils témoignent ainsi d'un profond respect de la fonction véritable de l'argent: celle de servir à l'accroissement de la propriété privée utilisée dans les affaires en lui soumettant les besoins des gens. Les agents du pouvoir étatique déclarent qu'ils n'y sont pour rien dans les "lois objectives du marché du logement" et même pour ainsi dire impuissants face à l'exploitation lucrative de la crise du logement. Un mensonge digne d'un ministre démocratique et bénéficiaire de surcroît. Un mensonge parce que qui, sinon l'Etat, impose les relations juridiques entre la propriété privée, y compris la propriété foncière, et ceux qui en sont dépourvus? Et qui sinon l'Etat crée les moyens économiques pour exploiter ces relations, surveille leur fonctionnement et punit toute infraction à celles-ci? Le pouvoir d'Etat maintient les relations sociales qu'il a instaurées et laisse agir la propriété foncière et immobilière, le capital-argent et l'industrie du bâtiment, la demande en logement et le manque d'argent. C'est au résultat : à savoir l'absence de logements bon marché, que l'Etat se réfère et le considère comme un problème qui concerne uniquement les intéressés.

Les ministres compétents apportent une "aide" bizarre à ce problème: Dans la mesure où l'utilisation du peuple travailleur en dépend, ils organisent la distribution de logements au moyen d'offices de l'habitat, subventionnent les logements avec les impôts de tous les contribuables afin que les loyers soient à peu près payables pour beaucoup et prennent en charge des projets non rentables pour le capital privé.

Les hommes politiques démocrates ne se déclarent pas responsables des besoins en logement qui restent insatisfaits sur le marché du logement, par contre ils s'affirment responsabhes de l'amélioration de cette situation. Ils acceptent tout au plus le reproche si peu critique d'avoir "trop peu" agi ou bien d'avoir gaspillé "trop" d'impôts. Si le public bien éduqué leur pardonne, c'est en raison de la crédibilité personnelle qu'ils ont su donner à leur mensonge d'avoir fait, ni trop ni pas assez, justement ce qui serait possible dans leur ressort. Et tant que les victimes croient et acceptent les "nécessités" du marché du logement, quels problèmes un homme politique démocrate aurait-il avec sa responsabilité, assumée allégrement, pour la construction de logements? Par contre, l'activité de direction et de planification de son collègue soviétique lui impose des soucis pires que le choix de la concurrence entre des entreprises de construction et des demandes de subventions. Un ministre soviétique du logement ne peut trouver une issue aux résultats de sa politique dans "les nécessités du marché du logement" qui échapperaient à sa compétence, tout au plus dans la "défaillance" de quelque office public qui lui renvoie la balle. "Sa responsabilité pour l'approvisionnement de la population en logements" n'est pas simplement un propos en l'air, si on observe le prix qu'il paît pour l'assumer. Ceci est précisément sa déveine, comparé avec la situation de son collègue occidental qui a la tâche agréable de gouverner dans et pour une économie de marché.

Il n'en est pas autrement dans le domaine de la "responsabilité" pour la croissance économique, le plein emploi, le revenu des paysans et l'éducation. Les hommes politiques occidentaux aussi bien que soviétiques affirment que toutes les exigences réelles et fictives du "niveau de vie" de leurs citoyens sont le produit de leur adresse à manier leur pouvoir. Mais en tenant les mêmes propos, ils se réfèrent à des choses bien distinctes. Les démocrates au commandement font confiance à la pression sourde des conditions économiques. La législation qu'ils ont élaborée et qu'ils imposent par la force étatique, cimente les droits de la propriété privée des citoyens, reproduit la séparation opportune entre riches et pauvres et garantit également la coopération optimale entre le capital et le travail. Les hommes politiques sont optimistes sur le fait que leurs sujets se comportent en opportunistes face à toutes les nécessités que le pouvoir leur impose: car les "conditions objectives de l'argent" sont faciles à conjurer à n'importe quelle occasion. Bien sûrs de ne pas être rendus responsables de ce monde définitivement installé sur lequel ils règnent, ils réclament la compétence exclusive de l'Etat pour régler tous les problèmes, réels ou inventés par eux-mêmes pour "inspirer confiance". Ceci n'est naturellement pas identique avec l'élimination des nombreuses difficultés qu'ils imposent à la majorité de leurs citoyens. Ce qui est, par contre, précisément la prétention des hommes politiques soviétiques.

Pour justifier certaines rigueurs, les démocrates se réfèrent aux "conditions objectives" qu'ils présentent alternativement comme une collection de fatalités ou de commodités que leur propre peuple aurait choisie parmi le grand nombre de modèles de sociétés. Par contre, les partis régnants dans le bloc soviétique ont éliminé toutes "les conditions objectives du marché", c'est-à-dire la concurrence entre les capitaux et la classe des propriétaires privés. Et ils ont établi une direction étatique des activités économiques afin que l'humanité travailleuse puisse jouir des fruits de son travail. Sous leurs mains, cet "afin que" qui était un idéal hypocrite de la société de classes, est devenu le principe politique fondamental. Mais si "la jouissance" des masses laisse plutôt à désirer, cela ne relève pas de la "contradiction entre les idéaux et la réalité" par laquelle la raison bourgeoise s'explique l'exploitation et la pauvreté dans la démocratie la plus prospère – et encore moins de la décision du parti de planifier l'économie. Car c'est précisément en ne réalisant pas cette décision que le parti rend sa société aussi peu heureuse. Même, si le parti a occupé les postes de commande de l'économie, l'argent et le crédit, les prix et les bénéfices , les salaires et les primes, ne sont ni les moyens ni les "leviers" appropriés pour harmoniser entre eux en faveur du peuple, ses besoins, ses moyens de travail et ses efforts.

La responsabilité des hommes politiques soviétiques pour la production et la satisfaction de toutes les nécessités sociales n'est pas une hypocrisie démocratique qui, à l'Occident, sert à nier la vraie responsabilité du pouvoir étatique pour les affaires de l'économie de marché. Le problème du socialisme réel réside dans les erreurs que les hommes politiques soviétiques commettent en l'assumant et encore plus en l'avouant.

Dans tout discours d'un homme politique soviétique, celui-ci procède à l'autocritique devant son peuple et ses électeurs d'une manière qui diffère totalement de celle que pratique un gouvernant démocratique. Cette dernière se base en principe sur une déroute électorale et aboutit dans le reproche qu'il aurait surestimé l'intelligence des électeurs; et si elle va plus loin, il est évident que cette humiliation publique n'aspire qu'à sa récompense lors des prochaines élections en obtenant encore plus de voix.

En se référant à la mauvaise organisation de la récolte des céréales ou à la distribution insuffisante en matières premières aux entreprises lors de l'introduction du progrès technique ou de l'utilisation d'innovations proposées par des travailleurs exemplaires, ou à la tolérance envers les négligences et la corruption (en dernier lieu, celui qui est pris en flagrant délit n'a plus l'occasion de faire son mea culpa!), les autocritiques des hommes politiques soviétiques ne sont pas comparables à l'hypocrisie démocratique. Elles témoignent de l'erreur d'appréciation sincère sur le fait que la nationalisation de la concurrence serait identique à l'établissement d'une économie planifiée dans laquelle seules des erreurs d'administration, dénommées "violations des lois économiques du socialisme", pourraient causer des difficultés. C'est de cette manière que l'autocritique socialiste accélère la rotation aussi bien de fonctionnaires que des programmes de réforme sans que le peuple si apprécié des travailleurs en profite particulièrement.

III. "La morale politique". Consolation ou stimulation

Le calcul fait dans l'économie planifiée selon lequel la réalisation efficace du plan pourrait subvenir aux besoins de tous et les efforts des travailleurs se traduiraient inévitablement en une abondance de biens utiles pour tous, reste une promesse en l'air dans un socialisme voulant conserver la concurrence et l'économie monétaire comme "instruments de contrôle". Une fois de plus, ce qui compte, ce sont les bénéfices des entreprises et les recours financiers pour l'Etat au lieu d'un meilleur approvisionnement de la population pur et simple; le pouvoir d'achat et les salaires au lieu des besoins et des efforts nécessaires pour les satisfaire. La maxime selon laquelle tout effort est récompensé, ne s'accomplit pas dans la planification, mais fait malgré tout figure d'article de foi. Le matérialisme devient un titre moral que l'homme doit avoir en soi. Les appels faits à la force créative des masses de travailleurs ne sont pas non plus une solution et même cette vérité que le peuple soviétique "a créé lui-même" tout ce qu'il possède, est dégradée entre les mains du pouvoir socialiste en une tirade pour faire une leçon de morale à des gens qui préfèrent plutôt jouir de tout ce qu'ils ont créé.

Pourtant, même ici, les gouvernants du bloc soviétique n'atteignent pas le niveau démocratique occidental en matière d'hypocrisie: A l'Ouest, la morale des gens – qui, elle, ne diffère pas trop de celle à l'Est – prospère sur la base de la certitude, ce qui est en effet le cas, qu'il n'est pas décisif de la pratiquer ou non. En effet, dans les patries du droit de l'homme à la propriété, au libre exercice de la profession et de la liberté à concourir et à consommer, le marché libre du travail en soi assure et règle la production des victimes indispensables au service de la richesse et de sa croissance – sans qu'il soit besoin de leur donner l'étiquette du renoncement et du sacrifice. La morale qui apparaît sous la forme préférée du fanatisme de la justice est applicable à tout sujet suspect d'avoir profité injustement d'un traitement de préférence. Car savoir que celui qui fait son service humblement et sincèrement est un imbécile, fait partie du répertoire de base de la morale bourgeoise – sans empêcher que cette morale continue à avoir cours. Elle est en effet une consolation de pure apparence à qui il revient d'être valable non pas vraiment, mais proprement dit. Aux mains du pouvoir, cette morale est le cynisme opportun pour idéaliser le pouvoir d'Etat en un désir propre à tous ceux qui en sont concernés. Il la professe avec toute la mauvaise foi du monde, mais en sachant grâce à ses pratiques que toute opposition est facilement réfutable par un pouvoir démocratique habitué à user de la force.

Le pouvoir soviétique a annulé les lois coercitives de la concurrence capitaliste ainsi que la psychologie moraliste des citoyens. Ni un droit de la propriété, ni la menace de perdre son emploi, ni la perspective de la misère, n'imposent à "l'homme nouveau" en URSS la discipline du travail et les habitudes du renoncement que l'imagination populaire occidentale convertit en autant de vertus personnelles rendant légitimes d'innombrables prétentions idéales. En URSS, la morale doit remplir ces lacunes et assurer que malgré elles les travailleurs pratiquent l'altruisme et apportent un rendement qu'aucune planification raisonnable ne rend avantageux pour eux. C'est précisément un pouvoir étatique se disant partisan du "matérialisme prolétarien", qui prétend vouloir réaliser cet idéal bourgeois et insiste à vouloir donner à ses citoyens une éducation morale pour qu'ils se comportent comme des hommes soviétiques utilisables, sans la "pression sourde" de la misère. C'est ainsi que se déroule à tous les niveaux et à grandes ovations, une "compétition socialiste" incessante qui, assez contradictoire en soi, récompense ceux qui ont fait preuve de leur désintéressement...

Pour les spécialistes de l'âme humaine, bien éduqués par la démocratie, le moralisme opiniâtre des partis qui gouvernent les pays socialistes est la pire des tyrannies, qui va jusqu'à interdire à chacun de penser ce qu'il veut. Selon la logique des critères démocratiques, un jugement conséquent puisqu'ils mesurent au nombre de beaux propos le degré de coercition qu'ils doivent embellir. Ceci n'est pas applicable à l'URSS. En effet, le parti lance des appels persistants parce qu'il a besoin pour ses objectifs de la libre volonté de son peuple et de sa décision erronée à collaborer. C'est pourquoi les grandes valeurs du socialisme n'offrent aucun mystère au peuple et lui donnent souvent l'occasion d'en plaisanter.

Les hautes valeurs démocratiques à l'Ouest inspirent par contre plus de respect. Leur présentation en autant de sottises opportunistes dans toutes les classes sociales est aussi productive parce qu'il importe peu qu'elles soient vraiment prises à coeur. En effet, elles n'honorent que les nécessités de la vie sociale et ne veulent pas "justifier" le pouvoir que celui-ci met en vigueur.

Le peuple soviétique ne vit donc pas sous une dictature et a encore moins besoin d'une démocratie.

IV. En tant qu'épilogue:
le phénomène Eltsine – ou le socialisme irréel

En tout cas, les Soviétiques ont maintenant affaire à des disciples dociles de la démocratie, du genre d'un nommé Eltsine qui s'est vu attribuer à l'ouest le titre de "talent politique émergeant". Qu'a-t-il donc à offrir aux Moscovites qui l'ont porté au congrès des députés? Il "lutte" pour la perestroika – en dénonçant tous ceux qu'il prend pour ses adversaires. Pour y réussir, il n'est pas nécessaire de diriger une seule pensée sur les contradictions que ce programme implique – ni, a fortiori, sur l'état de la société qu'elle est désignée à améliorer. Il suffit de s'étendre tout simplement sur la niaiserie morale que la bonté des gens est la clé de tout progrès, que donc le défaut de progrès doit être imputé à de mauvais sujets, pour éclaircir la situation et se faire une carrière politique. Eltsine n'a pas réussi à mettre en évidence une seule faute politique ou le moindre argument erroné de la part de ceux qu'il traite de "freineurs". Il s'est fait un nom en montrant du doigt les mauvais sujets entre les dirigeants et en commettant ainsi une infraction à la coutume de la "direction collective", c'est-à-dire l'unité d'action du parti en public. Eltsine a introduit dans la vie politique soviétique la technique honorable de rendre publique la concurrence des dirigeants du parti aux postes de commandement et d'y participer par ce moyen. Et c'est bien pour cela que ses admirateurs occidentaux le traitent de nouveau bienfaiteur de l'humanité. Propager le caractère de la perestroika comme programme de mobilisation du moralisme de masses à côté et à l'écart de Gorbatchev et de ses collègues, se tailler un profil d'exponentiel décidé de la volonté abstraite – et pour cette raison inepte – du changement pour se faire élire en haut –, voici la campagne si passionnante et nouvelle qu'Eltsine a offert à ses concitoyens. Ce programme améliore sûrement les conditions de la vie à Moscou!

Si, par la suite, cet ami du peuple russe cite les doléances des gens et les transforme ainsi en un programme de lutte politique, il ne s'agit pas d'un programme au sens propre, mais de la mauvaise habitude démocratique de s'assurer la volonté des électeurs en tant que chèque en blanc pour mieux les commander. Sous cet angle, Eltsine mérite le titre d'élève docile de la démocratie. Si on veut avoir des électeurs, il faut les baratiner. Une critique du peuple qui avec plus ou moins de rumeur se soumet à tout, un programme divergent qui fournisse trois ou quatre arguments raisonnables pour changer le mode de production et le système politique, donc une incitation à la désobéissance consciente n'a pas été au programme de ce brave homme qui se veut être le vengeur des déshérités. Il n'a jamais affiché autre chose que la résolution de se rendre populaire auprès des électeurs en leur disant ce qu'ils voulaient entendre. Ce n'était pas un hasard que son argument de campagne électorale le plus attractif était la propagande que "ceux d'en haut" ne le voulaient pas.

Son renvoi du bureau politique, des entraves vraies ou imaginaires faites à sa campagne électorale, une salle refusée à une de ses assemblées et des allusions obscures à une "conspiration" de "l'appareil" contre lui-même qui, naturellement, en tant que ministre suppléant de la construction n'en fait pas partie –, voici le répertoire des arguments qui lui ont valu les sympathies des moscovites auxquels il a su se présenter comme la victime de l'appareil grâce à l'interruption de sa carrière politique. Le truc peu compliqué de se faire élire fonctionnaire en critiquant les autres a fait son effet sur les âmes russes. Et pour ceux qui risquent de découvrir l'opportunisme qui conduit quelqu'un qui a toujours fait partie de l'équipe dirigeante à feindre qu'il n'en veut plus, il dispose de l'hypocrisie adéquate:

"Si les délégués me demandent pourquoi je n'ai pas prononcé ma critique lors du XXVe congrès du PCUS – eh bien, je puis dire franchement qu'à l'évidence, à l'époque je manquais de courage et d'expérience politique" (Pravda, 27/2/1986)

C'est ainsi que la concurrence au pouvoir s'exploite comme son moyen: si un de "ceux d'en haut" peut se présenter comme leur victime indéniable, c'est la méthode la plus commode pour se recommander en tant que le meilleur homme "pour en haut". Car si on l'avait laissé faire, il aurait depuis longtemps porté remède aux griefs du peuple. Le bienfaiteur du peuple n'a donc proposé à ses électeurs que de trancher la question de savoir qui de ceux qui veulent régner ont des intentions honnêtes. Dans ce sens – encore – une modernisation très démocrate.


Cinq années de perestroika qui ont enfin porté leurs fruits:
L'Armée elle seule maintient encore l'Union soviétique

Les communistes soviétiques n'ont jamais fait disparaître le nationalisme de leurs différents peuples. Comment en serait-il autrement! Ces "socialistes réels" n'ont jamais compris la vérité marxiste, à savoir que l'amour envers le pays natal ainsi que des sentiments patriotiques sont une folie nuisible. Ce n'est que de l'impérialisme tsariste qu'ils ont libéré les peuples oppressés dans l'empire du tsar, et non pas de l'étroitesse d'esprit que présentent ces derniers, se comportant tous selon le point de vue idiot selon lequel ils seraient un "peuple élu". Pendant 7O ans, chaque "identité nationale" a été cultivé et entretenu avec soin.

Mais le stalinisme a au moins réussi une bonne chose: Il a défendu tout exercice militant de la folie nationale contre les voisins. Et selon son idéologie, sa doctrine d'Etat et sa planification de l'économie, son parti multinational communiste "uniformisé" était le garant d'une unité à laquelle toutes les nationalités devaient se relativiser. Ce parti a créé un intérêt étatique pour toute l'Union soviétique et a misé sur le fait que les différentes peuplades se souderaient en une "communauté fraternelle" et en un peuple soviétique, conformément au développement de l'Etat tout entier.

C'est cet idéal d'une communauté de nationalités, dont les membres seraient d'autant plus intéressés à y participer qu'ils auraient la possibilité de pratiquer leur propre droit, que Gorbatchev a proclamé en tant que point de vue national. Il a misé sur le nationalisme provincial en tant que la force qui ferait progresser puissamment sa perestroika. Il en est résulté ce qui devait arriver: Les intérêts particuliers, légitimés officiellement, des nationalités et des républiques, ont présenté tout une liste d'avantages et de désavantages particuliers les uns contre les autres, donc ainsi contre l'intérêt étatique de toute l'Union soviétique. Il est de la nature même de tels comptes nationaux que le bilan en est toujours négatif: car en réalité, il ne s'agit pas d'un calcul honnête; mais, au contraire, tout ce qui ne marche pas, est interprêté comme étant le problème d'une compensation juste entre les membres de l'Etat multinational. A ce stade, tout n'est plus considéré que sous la forme d'infractions contre son propre droit au succès et au progrès, et il est demandé des libertés nationales plus amples.

Plus le rapport économique se disloque de cette façon, plus les postes de bilan négatifs, sur lesquels les membres de l'Union soviétique se disputent et se désunissent, augmentent. C'est ainsi que les nécessités matérielles de la solidarité, qui au moins fonctionnaient, se tranforment en leur contraire. Et à partir du moment où il n'y a plus de bonnes raisons politiques pour une communauté de tout l'Etat, les titres nationaux les plus ineptes, tels que des questions religieuses, des demandes de réinstitution des traditions nationales, en particulier en ce qui concerne les questions territoriales, et une haine implacable contre les voisins, ont toute leur chance.

Les tentatives de conciliation du chef du Kremlin ont fortement fait progressé toutes les disputes nationales. Il a trouvé en effet que c'était une bonne solution que celle de donner droit à tous les participants. Il a reconnu les "bons sentiments nationaux" et a toujours mis en garde contre leur exagération. Conséquemment, toutes les parties concurrentes en dispute ont découvert chez leurs adversaires l'exagération nationaliste défendue et ont rendu la vie impossible à leur antagoniste en se référant à leur bon droit, reconnu officiellement, à avoir des sentiments patriotiques.

Maintenant, la guerre civile est là. La doctrine d'Etat socialiste réelle a totalement disparu au Caucase. Ses représentants en sont chassés à moins qu'ils ne se soient pas mis en dû temps à la tête de la folie nationale. L'Union soviétique n'est plus qu'un simple rapport de force entre une centrale qui intervient dans la guerre civile afin de sauvegarder sa souveraineté sur son territoire étatique, et entre des parties de guerre nationales qui ne se laissent arrêter par rien, sinon par une défaite militaire.

Les peuples baltes ne luttent pas les uns contre les autres. Ils ont en effet défini leur intérêt national particulier d'une façon un peu autre. Ils veulent être des unités économique indépendantes et considèrent le rapport avec l'Union soviétique comme un seul obstacle à leurs idéaux de progrès particuliers. C'est ainsi qu'ils proclament peu à peu leur indépendance. Ici aussi, le parti d'Etat se met à la tête d'un mouvement qu'il a lui même participé à fonder. Par le fait que les communistes baltes résilient leur appartenance au PCUS, ils rejettent le point de vue qui était justement la base de l'unité des différents peuples et républiques dans la doctrine d'Etat existant jusqu'à présent. Il n'existe donc plus qu'une "seule bonne raison" pour l'existence de l'Union soviétique, à savoir le fait qu'elle existe justement en tant que puissance mondiale unifiée et qu'elle a besoin de l'unité pour conserver sa puissance mondiale. Alors, l'armée n'est en effet que le seul moyen qui puisse tenir en garde les républiques baltes. Et la menace crédible par son utilisation est le seul argument qui puisse encore convaincre les catholiques lituaniens, les ennemis lettoniens des Russes et les anticommunistes estoniens des avantages d'une appartenance au domaine soviétique.

Il reste au moins une chose à constater: Ce n'est pas le stalinisme, mais la perestroika de Gorbatchev qui a mis l'Union soviétique dans une position qu'il est vraiment difficile de différencier d'un impérialisme tsariste.


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© GegenStandpunkt Verlag 1998