De 1917 à la "perestroïka"

La victoire du moralisme sur le socialisme

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Deuxième chapitre.

Ingérence active dans les affaires impérialistes pour promouvoir la paix au lieu du projet de la révolution mondiale

I. La politique extérieure du PCUS

Le PCUS a dû édifier son Etat socialiste sous la menace permanente de la guerre. Pour ne pas être éliminée, l'URSS a dû réaliser des efforts militaires importants et continuels. Elle a dû résister à Hitler et ensuite, après la guerre mondiale, lutter contre l'hostilité concentrée de l'alliance occidentale dont l'acquis le plus récent est l'armement de l'espace. C'est une chose.

Le point de vue d'un idéal de réformation du monde que le PCUS a adopté contre le monde impérialiste en est une autre.

Au lieu d'encourager la révolution dans les Etats qui lui sont hostiles, il s'est décidé à l'entreprise interminable d'agir comme facteur de modération et de détente sur les dirigeants politiques de ces Etats. Avec cette ligne, il ne s'épargne ni des efforts de guerre ni des efforts militaires. Il a gagné ainsi un droit de participation à la lutte permanente pour la répartition impérialiste du monde qui exige de nouveaux efforts politiques, diplomatiques et militaires. Au lieu d'expliquer à son peuple, qui fait les frais de cette politique, la nécessité désagréable de se préparer à la guerre, le PCUS propage avec succès des principes politiques qui unissent l'orgueil militaire d'une puissance "invulnérable" à un amour de la paix ardent, sincère et dénué de tout concept. A l'aide de l'idéal impérialiste de "l'amitié entre les peuples", emprunté aux rapports que les impérialistes cultivent entre eux, le parti a éliminé tout souvenir du projet initial d'une révolution mondiale.

Avec l'instauration d'un Etat socialiste des ouvriers et des paysans, le PCUS s'est opposé au monde des Etats bourgeois et à leur expansion impérialiste. Et la proclamation de la paix comme un objectif de l'Etat révoque toutes les "bonnes raisons" qui justifient les menaces et les actions militaires des autres Etats. Cette proclamation implique de l'autre côté que le PCUS n'est pas indifférent au reste des Etats – dont les dirigeants font sans cesse valoir des exigences, au moyen d'un chantage réciproque et ne craignent pas d'engager leur peuple respectif à la guerre. Le PCUS est loin de s'en tenir à l'écart et de procéder au plus à l'agitation révolutionnaire des travailleurs au-delà de ses frontières. La paix est justement une affaire d'Etat et se rapporte, en tant qu'idéal, aux relations qu'ont entre eux les dirigeants politiques ayant une armée sous leurs ordres. La PCUS a la ferme intention d'intervenir dans ce domaine pour humaniser les relations internationales et faire le bonheur des peuples.

Le parti allègue aujourd'hui une raison irréfutable et décisive pour cet engagement politique à la paix: l'assurance qu'une guerre atomique mondiale signifierait, aujourd'hui plus que jaMais la destruction de toute civilisation, donc également du socialisme qui est l'objectif du parti. Ce "diagnostic", qui est si trivial, se révèle être mensonger. Il dissimule en effet que la "folie totale" d'une guerre nucléaire – que l'on doit éviter pour cette raison – présuppose deux partis dont l'un est précisément la puissance soviétique que le PCUS désire mettre totalement au service de la lutte contre la guerre. La contradiction idéologique selon laquelle les armes nucléaires serviraient à empêcher la guerre nucléaire ne s'améliore pas lorsque les Soviétiques la propagent: Sans leur ferme volonté de mener, si nécessaire, une guerre nucléaire, le danger qui serait à éviter n'existerait pas. Pourquoi le PCUS ne reconnaît-il pas qu'il veut confronter les armes nucléaires de ses adversaires impérialistes avec ses propres armes? Cela serait au moins un point en sa faveur par rapport aux professionnels démocratiques de l'hypocrisie!

Un tel aveu contrecarrerait la conclusion souhaitée: le PCUS devrait reconnaître que ce n'est pas la "paix" qui est le point de départ et l'objectif suprême de sa politique pacifiste, mais la défense de son Etat contre une alliance hostile d'Etats équipés d'armes nucléaires. Cela serait une contradiction manifeste que de reconnaître la prérogative que le PCUS se flatte d'avoir: celle d'éviter au monde toute guerre se fonde précisément sur sa capacité et sa volonté de ne pas éviter ce conflit à n'importe quelle condition. Une question décisive serait alors en jeu pour le parti: Le PCUS ne veut pas se borner à pratiquer une politique de défense dans un monde hostile. Selon son point de vue, il manquerait à sa mission consistant à promouvoir la paix mondiale qu'il est capable de remplir en tant qu'Etat socialiste et puissance mondiale. Le parti ne saurait plus indiquer en quoi consiste la différence entre lui-même et tout gouvernement bourgeois et ne serait plus en mesure de présenter sa propre existence quelque peu assurée comme un enrichissement qualitatif de la vie internationale, une victoire pour l'objectif final d'un monde pacifique. C'est ainsi que le PCUS adopte une position idéologique sur le pouvoir étatique curieusement commune à celle des impérialistes: Pour tout gouvernement impérialiste, l'affirmation que la propre violence militaire existe seulement pour limiter la violence entre les Etats, est un paradoxe familier – c'est pourquoi elle ne peut jamais être assez grande. La proclamation de sa mission mondiale de paix est le résultat d'une conclusion politique spécifique au PCUS. Lorsque le parti est entré sur la scène internationale, il a refusé ce chantage réciproque qui est le principe de la diplomatie et qui engendre la guerre. C'est pourquoi il s'agit de sa contradiction spécifique lorsqu'il veut agir dans cette sphère comme une force constructive. Ses théories sur la "gravité de la situation mondiale" qui rendrait nécessaire son ingérence constructive, révèlent le point de départ négatif de sa politique pacifique mondiale: Le PCUS n'a aucune prétention d'ordre mondial résultant d'intérêts impérialistes présentés sous la forme d'une responsabilité à la paix telles qu'en ont justement les grandes puissances occidentales, mais il donne une mauvaise réponse au point de vue du contrôle universel qui est celui des démocraties capitalistes alliées définissant l'Union soviétique comme une exception, un trouble-fête et uj problème de sécurité. Celle-ci doit faire ses preuves dans une lutte pour le pouvoir dont l'objectif final, les moyens et les motifs ne sont pas déterminés par le PCUS, mais prescrits par les intérêts de contrôle et d'exploitation impérialistes. L'Union soviétique doit s'armer et se préparer à la guerre parce que c'est la condition minimale que doit remplir un Etat s'il veut s'imposer en tant que sujet politique indépendant au sein des Etats modernes.

Cependant, le PCUS ne considère pas cette contrainte de s'imposer dans la concurrence des violences militaires comme la preuve pratique que dans les relations entre les Etats seuls les critères impérialistes sont valables. D'un autre côté, il est toujours d'avis que sa soumission à la contrainte de se préparer en permanence à la guerre est contraire et nuit à son projet d'ériger une société socialiste. Le PCUS prend justement la reconnaissance de son Etat sur la scène impérialiste et selon les critères de cette dernière pour la preuve qu'il lui serait en principe possible de rompre les lois de la concurrence impérialiste et d'instaurer ses propres critères pour les relations entre les Etats. Cette contradiction, le parti ne veut même pas remarquer au fait qu'il se permet de transformer les obstacles mis à son projet d'amélioration du monde, en un avertissement mensonger prétendant que le danger d'une guerre nucléaire existerait indépendamment de sa propre disposition à la guerre. Cette logique se différencie peu des idéologies des puissances impérialistes qui justifient leur domination du monde par leur responsabilité immense à préserver la paix. Au contraire, le PCUS considère ces propos sur la responsabilité occidentale comme un signe de l'amour de la paix des impérialistes et comme une réaction positive à ses avertissements. Pour lui, elles semblent confirmer plutôt que réfuter sa fiction selon laquelle l'ordre mondial impérialiste, par le fait que l'Union soviétique s'impose en son sein grâce aux armes nucléaires nécessaires, se trouverait justement sur la voie de la rectification!

Avec cette mentalité, le PCUS est devenu le pionnier des négociations sur l'armement. Il propose à son ennemi principal de suspendre les préparatifs à la guerre nucléaire des deux côtés, avec l'argument qu'aucun parti ne peut espérer tirer un avantage à la mener. Avec sa remarque mensongère sur l'égalité qualitative et la surabondance quantitative de ses propres armes nucléaires, le PCUS veut détourner les Etats-Unis de leur volonté d'atteindre une supériorité stratégique dans l'armement qui pourrait être décisive. Le parti propose de tenir compte de façon constructive des soucis de sécurité de l'Ouest si, en contrepartie, les Etats-Unis renoncent à leur plan de faire de l'espace un bastion militaire. Une offre fictive parce que l'Union soviétique n'a rien à offrir qui puisse se comparer au progrès stratégique militaire auquel les Etats-Unis aspirent. L'offre de mettre toutes les sortes d'armes nucléaires sérieusement en discussion n'exprime en fait que le désir de voir les Etats-Unis renoncer à leur menace de guerre nucléaire.

La riposte américaine fut claire et nette: un non sur toute la ligne. Malgré tout, le PCUS persiste à apporter sa pétition de paix et a même exposé son offre fictive de négocier sur les types d'armes nucléaires pour obtenir un accord sur le désarmement des missiles à moyenne portée sans obtenir pour autant une réduction des projets américains sur l'armement de l'espace. Quels sont les avantages que le PCUS en tire? Uniquement le fait que les armes nucléaires restent le sujet des négociations diplomatiques. Il a menacé de mettre fin à ces négociations afin qu'elles continuent. Sa volonté imperturbable de poursuivre les négociations diplomatiques sur la guerre nucléaire avec l'Ouest a procuré inversement à ses adversaires impérialistes la liberté de laisser aux diplomates soviétiques la décision de poursuivre ou de rompre les négociations et de dicter eux-même les conditions pour un accord "fructueux". Les occidentaux acceptent une réduction de l'armement et même sa destruction bilatérale là où cela n'a pour eux aucune importance stratégique ou même leur apparaît relativement avantageux sans rien abandonner de leur projet d'une guerre nucléaire. C'est ainsi que le PCUS n'épargne à son peuple aucune préparation à la guerre nucléaire. Et la seule sécurité qu'elle garantit est celle de l'Ouest qui n'a à craindre comme moyen de pression que des offres de désarmement.

L'aspiration à promouvoir la paix mondiale a procuré au PCUS de nouveaux champs d'activité internationale. La diplomatie, dans toutes ses variations, exerce une grande attraction sur les communistes soviétiques, surtout en raison de leur position marginale. Les Etats du monde impérialiste poursuivent continuellement des objectifs nationaux qui exigent la complaisance de souverains étrangers, même à leur désavantage. C'est pourquoi ils ont besoin de relations et d'un "échange d'idées" permanents par lesquels ils confrontent leurs intérêts nationaux aux moyens de pression et de chantage dont chacun dispose. Ils ont besoin de représentations diplomatiques qui cimentent des traités pour faire respecter les intérêts nationaux des différents Etats ou les contester au besoin. Dans l'ONU par exemple, la plus grande bourse diplomatique du monde, ils négocient surtout une marchandise: les conditions de paix, auxquelles des Etats doivent s'en tenir, afin que d'autres ne perdent pas patience, il s'agit donc de conditions qui impliquent des déclarations de guerre. Ceci est nécessaire parce que des Etats qui concluent des traités ne connaissent qu'une seule instance pouvant garantir que l'autre contractant, même aux frais de ses propres intérêts, remplisse le traité: la propre force.

Il est certain que la diplomatie ne change rien à son caractère seulement parce que l'Union soviétique y participe en tant que puissance qui nie que la matière et la teneur de la diplomatie sont les raisons qu'ont les Etats de faire la guerre. Sa contribution à la diplomatie n'est que le point de vue d'une puissance militaire bien armée et disposée à se battre que les autres Etats doivent et peuvent considérer dans leurs calculs. C'est seulement pour cette raison que l'Union soviétique fait partie de la concurrence internationale. Le refus soviétique de participer activement aux calculs belliqueux de l'impérialisme joue un rôle important, et même très important. Il en résulte dans la diplomatie occidentale une menace de guerre supplémentaire et universelle laquelle offre à certains Etats une protection dans la défense de leurs intérêts et entrâve d'autres dans le déploiement de leurs moyens de pression. Le PCUS n'a pas manqué de s'apercevoir que sa volonté imperturbable d'une "solution pacifique des conflits mondiaux" n'est pas seulement un aveu qui révèle en quoi consistent ces merveilleuses "relations internationales" qu'il désire améliorer, mais que cette volonté n'est respectée que dans la mesure où elle représente une menace de guerre concrète. Sa réaction a consisté à doter ses forces militaires de moyens abondants pour faciliter toute sorte d'intervention constructive dans les algarades permanentes entre les Etats membres de l'ONU. C'est ainsi que le parti s'emploie à incorporer l'Union soviétique dans la concurrence des Etats impérialistes et à la rendre non distinguable des vieilles puissances impérialistes, sans même avoir les intérêts impérialistes qui, pour les nations occidentales, appartiennent naturellement à leurs activités politiques. Par exemple, du point de vue socialiste qu'est ce que les navires de la flotte russe ont à faire dans le Golfe, ou des soldats soviétiques en Angola ou en Ethiopie, ou des armes de fabrication soviétique dans les arsenaux de l'armée égyptienne ou indienne? Ces actions ont seulement un sens comme partie intégrante de l'empressement à vouloir coopérer avec certains souverains à la solution de leurs problèmes pour contribuer à améliorer les relations internationales. Celui qui prend les diplomates pour une bénédiction doit aussi envoyer avant ou après des armes et des missions militaires.

Le caractère politique anormal des interventions militaires soviétiques se laisse fréquemment observer dans le fait qu'elles ne font jamais le calcul impérialiste entre le déploiement nécessaire et le rendement qu'il en résulte. Parce que ces interventions ne veulent pas être des actes de représailles, comme celles des Etats-Unis au Vietnam ou bien d'Israël, l'utilité stratégique en est pratiquement nulle tandis que les coûts militaires déployés pour cette politique de paix augmentent sensiblement. C'est que précisément l'Union soviétique ne veut pas pratiquer une politique de paix internationale comme celle des Etats impérialistes: une terreur militaire qui garantit une supériorité incontestable. Ceci ne réduit d'aucune façon les coûts moraux d'une telle politique extérieure du champ socialiste. Au contraire, selon les critères fixés par la diplomatie, l'opinion publique démocratique considère la volonté soviétique de paix comme de la pure propagande qui perd toute sa crédibilité comparée à la phrase occidentale "la paix dans la liberté" qui n'est que le calcul enjolivant pour justifier l'efficacité des violences militaires.

Le fait que ces idéaux pacifistes n'aient pas de valeur pratique dans la réalité impérialiste n'a pas empêché le PCUS d'en faire la propagande à grande échelle envers son propre peuple. A ces braves gens, il présente un monde de nations pacifiques où personne ne veut la guerre, excepté une minorité infime avide d'argent et de pouvoir, qui n'est pas digne d'explications scientifiques, mais plutôt du mépris moral. Pour un citoyen socialiste, ceci doit être une énigme d'arriver à comprendre comment ces méchants peuvent s'imposer sans contestation et obligent l'Union soviétique à réaliser d'énormes efforts militaires. De toute évidence, le parti a réussi, avec ses propos sur les "contradictions" partout présentes, à déshabituer son propre peuple de la nécessité de critiquer et d'expliquer les contradictions de sa propre propagande. Par contre, le parti est bien empressé à entretenir la sottise nationale qui considère la politique extérieure de l'Union soviétique comme une marche triomphale souhaitée et accueillie avec joie par tous les peuples du monde et qui s'étonne ou s'offusque si quelqu'un n'est pas de cet avis, quelles qu'en soient ses raisons. Tout ce que le PCUS entretient et pratique comme solidarité internationale des classes consiste en ce qu'il se considère comme le mandataire de l'idéalisme de la paix mondiale et comme le gouvernement qui procure selon ses forces la même volonté de paix aux autres gouvernements. C'est ainsi que coïncide le patriotisme soviétique avec l'internationalisme prolétarien – presque comme se l'imagine un citoyen modèle du monde impérialiste.

II. Le commerce avec les pays capitalistes

En introduisant son économie planifiée, le PCUS a retiré aux intérêts du capital impérialiste la possibilité de mettre la main sur les richesses du pays et sur son peuple. Inversement, les entreprises socialistes ne connaissent pas l'intérêt commercial envers les marchés, les richesses et les peuples des autres pays. Malgré tout, l'U.R.S.S. participe au marché mondial, s'endette et invite même les capitalistes à s'associer en "joint ventures" avec les entreprises socialistes.

D'un côté, le PCUS est assez indifférent aux affaires économiques du capitalisme pour ne pas penser à importuner les nations capitalistes en exportant la révolution. D'un autre côté, il est si fasciné par les fruits de l'exploitation capitaliste à l'étranger qu'il ne désire pas limiter ses importations et ses exportations; et les exploiteurs capitalistes lui sont les bienvenus en tant que partenaires commerciaux.

C'est ce que le parti estime être la forme appropriée de la libre "concurrence des systèmes" sans avoir vraiment l'intention de faire concurrence au capitalisme. Il participe au marché mondial comme si c'était le moyen pour faire s'étendre les critères et les principes de son économie socialiste dans le monde. Le parti traite les contrats commerciaux comme s'ils étaient la preuve du bénéfice qui résulte du commerce avec le "socialisme réel". Cette preuve doit impressionner les potentats et les dirigeants économiques étrangers et, à défaut de les convertir au socialisme, les convaincre pour le moins des avantages résultant de relations pacifiques. Au nom de cette fiction, le PCUS livre au capital international et à ses gardiens nationaux une partie de ce qu'il lui avait soustrait jusqu'à présent: une manière de contribuer au déséquilibrage de son système.

Le parti se préoccupe également du sentiment internationaliste de ses masses populaires – 80 médailles socialistes lors des jeux olympiques!

Pourquoi des communistes participent-ils à des compétitions sportives internationales ou à des festivals d'opéras? Pourquoi produisent-ils des enfants estropiés par la gymnastique ou achètent-ils des fracs à leurs musiciens pour des voyages à l'étranger? Les produits seraient-ils appropriés à remplacer l'article "révolution" rayé de la liste des exportations? Sinon, pourquoi le PCUS aurait-il besoin de ces manifestations ridicules de performances nationales dont les Etats bourgeois se servent pour alimenter le nationalisme de leurs citoyens?

En effet, le PCUS a totalement abandonné la propagande communiste au profit du culte de l'image nationale. Mais ce n'est pas encore la plus grave des erreurs de la ligne de sa politique internationale guidée par le principe de la "concurrence entre les systèmes". Qu'est ce que vont chercher des communistes sur les marchés du monde capitaliste? Pourquoi achètent-ils des conduites aux Européens pour leur vendre du gaz naturel et en faire profiter les banques? Pourquoi importent-ils des céréales des fermiers américains au lieu de faire du demi-continent sous leur régie un paradis autarcique pour les travailleurs et ne pouvant être soumis au chantage?

Le PCUS allègue pour tout ce qu'il fait une raison qui paraît matérialiste, mais ne l'est pas, et qui est encore moins communiste: le parti soutient que le commerce international est "d'utilité réciproque". A-t-il réfléchi un seul instant sur la question de savoir en quoi consiste cet autre côté auquel il veut être utile? Et quel avantage note-t-il en fait sur son propre bilan commercial à part des dettes et le manque de devises?

En se lançant dans un commerce prospère avec les pays capitalistes, le PCUS se comporte dans un certain sens comme ses partenaires occidentaux. Il ne veut pas savoir à quel genre de système il est confronté, ni à quels buts et à quelles nécessités bien organisées il s'engage. Au contraire, il suppose que son adversaire est le reflet légèrement déformé de sa propre image. Les capitalistes – tout comme la presse occidentale – considèrent l'économie planifiée socialiste, qui d'après eux souffre de l'absence d'un marché libre et de celle de nombreux instruments pratiques de l'économie de marché, comme une bonne occasion de faire de nouvelles affaires . Symétriquement, le PCUS considère le capitalisme comme un système de leviers pour produire des biens utiles qui selon les principes du système de calcul économique se complète merveilleusement avec l'économie planifiée même s'il ne satisfait pas les critères d'un approvisionnement planifié, c'est-à-dire celui des masses populaires. C'est ainsi qu'avec leurs idées sur la demande et la consommation, les communistes soviétiques siégeant avec leurs partenaires capitalistes qui n'ont en tête que leur taux du profit, oublient sans difficultés leurs propres intérêts et concluent avec ceux-ci des contrats pour un avantage mutuel. C'est ainsi qu'ils font abstraction de tous les intérêts antagonistes auxquels ils ont réellement affaire.

Le parti fait facilement abstraction de l'antagonisme existant entre le monde des affaires auquel il veut participer et la classe prolétarienne occidentale. Avec la suffisance d'une puissance économique qui ne veut connaître et reconnaître que ses propres principes économiques, le PCUS suppose que les salariés occidentaux tirent un avantage de son commerce avec le capitalisme semblable à celui qu'il promet à ses travailleurs: une amélioration de l'approvisionnement. Il est vrai que le parti sait pertinemment quels bénéfices résultent pour les travailleurs du commerce avec l'Union soviétique: ce n'est pas de la vente de ses Ladas et de son caviar qu'il se félicite, mais des emplois qu'il "assure" avec ses commandes à l'Ouest. Le parti sait donc bien que l'existence des salariés occidentaux dépend du succès commercial des entreprises qui les exploitent. Mais ainsi que révèle cet éloge fait de soi-même, cette dépendance ne lui semble pas vraiment critiquable.

Là où il devient évident que le capitalisme fonctionne d'une toute autre manière que le socialisme réel, le PCUS décèle tout au plus que le capitalisme marche mal – qu'en tout cas, il fonctionne mieux, s'il lui passe des commandes. C'est ainsi qu'il pense contribuer à l'amélioration de la situation sociale de la classe prolétarienne des pays occidentaux. Le parti est en outre d'avis qu'il a rendu ainsi un grand service aux employeurs et aux hommes politiques des ministères de l'économie et du travail au "grand sens de responsabilité". Car pour lui, ce ne sont ni des fanatiques de la concurrence – bien que c'est justement ce que ses agents commerciaux exploitent – ni des cyniques qui calculent comment réduire les frais de la main d'oeuvre. Il s'agit pour lui d'hommes ayant de nombreux problèmes que le parti serait en mesure de résoudre avec maintes solutions pratiques, et en premier lieu avec l'exemple de son propre système. Le PCUS présente à la maffia d'entrepreneurs et d'hommes politiques occidentaux son Etat comme modèle prouvant que leur Etat et leur économie fonctionneraient mieux s'ils avaient un peu plus d'égards pour les aspects sociaux. Voilà toute la critique constructive que les communistes soviétiques ont envers le capitalisme florissant à leur porte. Ils ne veulent pas s'engager à assumer plus d'intérêts matériels contre ces Etats où règne un "autre ordre social" et ne l'ont jamais fait.

Le parti ne trouve même pas nécessaire de changer son attitude là où les effets négatifs du commerce mondial prouvent justement que les détenteurs du pouvoir et de l'argent dans les pays impérialistes n'ont aucun problème avec l'augmentation de la misère. En effet, le PCUS ne connaît que trop bien la situation du "Tiers Monde" pour en refuser toute responsabilité. Il sait aussi montrer quels en sont les coupables lorsqu'il se réfère aux milliards de dollars qui sont transférés des zones périphériques endettées aux Etats-Unis et s'indigne des prétendues injustices manifestes du commerce international. Mais ceci est loin d'être une raison pour le PCUS de renoncer à toute participation constructive envers ce système d'exploitation impérialiste. Il ne découvre que des injustices de la part des puissants auxquelles il veut remédier avec une série de recommandations au nom des malheureux et à l'adresse de ceux qui "détiennent la responsabilité". Au lieu de critiquer le système impérialiste et sa forme méthodique de mettre la main sur les richesses du monde entier, il propage la sottise contre-révolutionnaire de vouloir améliorer l'emploi des instruments du marché mondial. C'est ainsi, s'imagine le PCUS, que se concrétise ce qu'il considère comme la teneur et l'objectif réels du commerce et du crédit, de GATT et du FMI, de la Banque mondiale: promouvoir une "division du travail internationale" socialement utile dans le monde entier.

Le PCUS aime donc intervenir dans l'antagonisme propre à la vie économique capitaliste, toutefois non pour imposer ses propres intérêts matériels, mais en présentant son point de vue assez particulier sur la concurrence. Il parle de la "concurrence des systèmes" par laquelle il n'entend pas des alternatives s'excluant réellement, mais la compétition de différentes solutions pour résoudre des problèmes identiques, comme par exemple une production plus efficace ou une répartition plus juste etc. Or, ce point de vue prouve justement l'incommensurabilité des deux systèmes: Le monde capitaliste ne connaît pas du tout ces problèmes que le PCUS veut résoudre en recommandant son propre "modèle". Au contraire, il engendre continuellement des antagonismes qui sont étrangers à une économie planifiée et qui nuisent justement à celle-ci dès que les planificateurs socialistes s'avisent d'établir des relations commerciales et financières avec le monde capitaliste. La réalisation des affaires n'est possible que dans la mesure où les agences commerciales socialistes se comportent comme des concurrents normaux sur les marchés capitalistes et qu'elles disposent d'un pouvoir d'achat solide en monnaie acceptée par les capitalistes et de marchandises à des prix compétitifs. Cette "nécessité" implique des critères de rentabilité qui sont contraires au "système de calcul économique" des entreprises socialistes et aux directives bureaucratiques. Elle implique également la nécessité de se procurer continuellement des devises et les administrateurs du plan devraient pourtant savoir quels inconvénients cela peut entraîner: L'acquisition de devises devient un problème qui ne peut être résolu que par l'endettement, ce qui ne fait qu'agrandir ce problème.

De toute évidence, les instituts de recherche économique du PCUS ne semblent pas en mesure de découvrir cette simple vérité. Le parti préfère convertir l'antagonisme avec le capitalisme contraire à ses propres intérêts matériels, en des problèmes nécessitant une solution constructive. Il y voit encore une manifestation de la "concurrence des systèmes", dans laquelle il s'efforce "d'atteindre un niveau international". Aux yeux du PCUS, les brillantes performances de l'exploitation capitaliste représentent le nec-plus-ultra économique comme si elles existaient pour résoudre le problème de la productivité dans le socialisme réel. Les communistes du PCUS se comparent au progrès capitaliste par une autocritique et révèlent ainsi lequel, réellement, s'oriente d'après l'autre, au-delà de toute interprétation idéologique et de toutes les conséquences en résultant pour les travailleurs. Car ils se soumettent en effet à une mesure des forces bien concrète qui consiste en une comparaison des prix sur la base du dollar et aux conditions que fixe le marché mondial. Cela n'a plus rien à voir avec l'intention de faciliter l'approvisionnement et d'accélérer le progrès technique! Lorsque les capitalistes utilisent l'offre en marchandises du socialisme réel et ses marchés, ils n'ont rien à modifier. Il se peut qu'ils se trompent sur la nature de l'économie planifiée et son mode de fonctionnement, mais peu importe. Ils gagnent leur argent et c'est ce qui les intéresse, que cela soit sur un marché capitaliste ou socialiste. Par contre, les gouvernants communistes se voient confrontés à des oscillations de prix qui ne s'accordent en rien avec leur planification. Ils doivent installer au milieu de leur économie planifiée des zones spéciales pour le commerce avec l'Ouest, pourvues de stimulants appropriés pour que roule le dollar au lieu du rouble. L'exemple de l'économie polonaise, avec les coûts nécessaires pour sa subvention, pourrait au moins leur ouvrir les yeux sur la manière dont les crédits capitalistes et l'endettement qui en résulte détruisent son mode de production.

Le PCUS n'a en effet aucun doute à ce sujet parce qu'il spécule sur la modernisation qu'il s'est achetée et sur un résultat politiquement positif de son commerce avec l'Ouest. Le parti est convaincu, et en voit la preuve dans le commerce international, que tous les potentats du monde ne peuvent viser qu'à sauvegarder la paix puisque la guerre mettrait fin au commerce lucratif avec les marchandises et les dettes tout autour du globe. Ce raisonnement est erroné de fond en comble:

Premièrement, les acteurs économiques et politiques du marché mondial ne sont pas intéressés à ce que le marché prospère, mais respectivement au succès de leur fortune personnelle et nationale, même si cela implique la ruine de sphères entières dans le monde ainsi que celle de nombreux concurrents. C'est pourquoi la concurrence internationale florissante avec ses pratiques commerciales désagréables engendre des conflits permanents qui relèvent de la concurrence des pouvoirs politiques souverains. Un tel conflit peut amener un gouvernement à tirer la conclusion qu'il doit sauvegarder ses intérêts nationaux et user de la force. Autrement dit: Quel motif auraient les Etats impérialistes de faire la guerre, si, par le commerce et la circulation de leur capital dans le monde, ils n'avaient pas soumis toutes les nations à une lutte constante pour assurer leur existence nationale? C'est en effet ce qui rend nécessaire un contrôle au moyen de la force.

C'est pourquoi deuxièmement, un des exercices les plus faciles de la politique impérialiste est d'interrompre, dans l'intérêt du contrôle général sur toute la vie politique et sociale, la marche des affaires à laquelle elle doit pourvoir. Les hommes politiques bourgeois ne partagent pas en effet l'opinion selon laquelle la lutte de la concurrence de ses capitalistes serait une compétition pacifique. Ils connaissent les qualités de chantage de toute affaire réussie et des moyens commerciaux qui sont utilisés et créés. Et ils savent très bien quel pouvoir et quelle responsabilité ils ont pour préférer le chantage à la réalisation des affaires si la situation l'exige.

Troisièmement, le commerce des nations impérialistes avec le "socialisme réel" est la section du marché mondial qui justement est soumise à une réserve politique explicite. C'est ainsi que les hommes politiques impérialistes, qui normalement calculent comment activer leurs bilans nationaux sur la base du dollar, freinent leurs hommes d'affaires avec une liste d'embargos (COCOM, comité de coordination du commerce entre les pays de l'Est et de l'Ouest) et de restrictions sur les exportations afin d'entraver la productivité socialiste. Cela signifie que la supervision politique du commerce avec le champ socialiste a la qualité d'un sabotage. Et si les propres hommes d'affaires – p.e. les fermiers aux Etats-Unis – sont ruinés par un tel embargo, cela fait partie des contradictions que supporte facilement une démocratie pour assurer la responsabilité de sa sécurité nationale.

Il n'existe donc dans le commerce mondial aucune nécessité qui favorise la paix: au contraire, il crée des besoins permanents de contrôler et de défendre l'ordre établi contre les concurrents, besoins qui alimentent la guerre. Les puissances impérialistes soutiennent collectivement contre l'Union soviétique un intérêt pour la sécurité globale de leur système indépendamment de leur concurrence entre elles. Ceci est appliqué aux relations commerciales des nations capitalistes avec l'URSS et signifie souvent que les considérations politiques et stratégiques l'emportent sur le commerce. Mais inversement, il serait erroné de supposer que le maintien et l'augmentation du commerce serraient quelque peu la révocation de la politique impérialiste de paix contre l'URSS. Au contraire, les résultats du commerce sont considérés comme un moyen de sabotage et de chantage; et si les hommes politiques occidentaux, imitant leurs collègues soviétiques, parlent de l'aspect pacifique d'un contrat commercial comme un signe d'amélioration, c'est parce qu'ils ont toujours en tête l'antagonisme permanent et belliqueux contre le champ socialiste.

Le grand service que le PCUS rend à la paix mondiale consiste à ignorer qu'avec l'ouverture des relations commerciales fructueuses, les puissances impérialistes possèdent un nouveau front politique contre les pays socialistes. Peu importe ce qu'entreprend l'Ouest: le PCUS a prévu le commerce international comme un élément de son économie planifiée et comme un facteur pour promouvoir la paix mondiale. Et c'est ce que le parti, convaincu de la puissance qu'il a sur une partie du monde qui obéit à ses propres principes socialistes, considère comme étant une vérité objective. Souverainement, il ignore que l'impérialisme fonctionne tout autrement que le socialisme réel, et c'est ainsi qu'il se soumet pratiquement aux critères qui règnent dans le commerce international parce que l'impérialisme les impose. Le PCUS n'épargne rien à son peuple et lui impose de nouveaux devoirs économiques avec par son commerce avec l'Ouest. Il n'assure pas la paix, mais augmente la pression impérialiste sur les Etats socialistes. L'offre de son système socialiste comme modèle social n'impressionne aucune puissance – en effet, ce n'est pas aux travailleurs occidentaux qu'il s'adresse, mais à leurs dirigeants! – et prouve qu'il est bien loin de vouloir cette lutte compétitive coûteuse et violente que se livrent les démocraties alliées entre elles, sans parler du reste du monde. C'est peut-être de cette façon que l'Union soviétique apporte sa contribution à la paix mondiale: La concurrence entre les nations aurait une toute autre violence si l'Union soviétique, à l'image de ses ennemis, répondait à toute attaque contre ses intérêts nationaux avec la même monnaie. Faut-il louer le PCUS d'avoir fait de l'Union soviétique un adversaire aussi facile à évaluer pour l'impérialisme?

III. Le PCUS et le communisme mondial

Pour la gauche occidentale, le PCUS a fait perdre l'attraction du socialisme par le mauvais exemple que donne l'Etat soviétique. Il est donc responsable du manque de succès des "forces révolutionnaires". Ce reproche n'est pas juste.

Premièrement, parce qu'aucun anticommuniste bourgeois ou de la gauche n'a jamais fait dépendre ses positions politiques d'un examen objectif du socialisme réel. Et deuxièmement parce que ceux qui se laissent déconcerter dans leur critique du capitalisme par des erreurs des communistes soviétiques ne font de toute façon aucune révolution.

Non, c'est par ses efforts pour impressionner le reste du monde au moyen de ses grands succès dans l'établissement de son oeuvre nationale, que le PCUS a nui à la cause mondiale du communisme. Réaliser l'idée d'un meilleur Etat est en effet le contraire d'un projet de révolution mondiale. En voulant faire d'autres Etats les complices de sa volonté de paix, le PCUS a liquidé le mouvement communiste international. Il n'a pas simplement sacrifié dans ce but maints amis politiques, mais a montré ainsi aux autres partis communistes la voie de "l'eurocommunisme".

Dans le monde, il n'existe plus d'opposition remarquable ni une rébellion qui résulteraient de l'action des Soviétiques. C'est ainsi que se paie l'erreur de prétendre remplacer la lutte internationale des classes par la politique extérieure.

Le PCUS n'a pas besoin de se préoccuper de la lutte des classes dans les autres pays. Il pourrait se reposer sur le point de vue qu'il est passablement occupé à établir un communisme prospère et que la lutte des classes dans d'autres sociétés doit en tout cas être gagnée par les communistes et les travailleurs des pays en question – personne ne lui en tiendrait rigueur. Mais s'il est d'avis qu'il doit se préoccuper des conditions sociales dans le monde entier, il devrait le faire de telle sorte qu'il ne complique pas la vie des communistes dans les autres pays!

En effet, les communistes dans tous les Etats du système impérialiste font la triste expérience de se heurter aux cadres du PCUS actifs dans le monde entier bras dessus, bras dessous avec leurs ennemis, que cela soit des hommes politiques ou des capitalistes. Il n'existe pas un homme politique occidental qui, face à ses propres critiqueurs communistes, ne pourrait se référer à sa bonne entente avec les dirigeants du PCUS sur les problèmes importants du monde qu'ils sont en voie de résoudre en commun!

Ce triste résultat caractérise un succès que le PCUS a obtenu après maints efforts et qui consiste en la contradiction suivante: gagner le respect des impérialistes occidentaux vis-à-vis de la révolution anticapitaliste mise sur pied en 1917 et exécutée contre la forte hostilité impérialiste. Cette contradiction aboutit logiquement à la négation de cette révolution tellement odieuse aux pouvoirs capitalistes parce qu'elle concernait justement le système bourgeois. Le PCUS fait tout ce qui est possible pour minimiser et même nier le caractère révolutionnaire de son pouvoir politique. Il agit comme si le "nouvel ordre social" ne l'avait pas exclu de la "famille universelle des nations", mais concrétiserait l'idéal qu'ont tous les Etats modernes et serait, selon la phraséologie du parti, au contraire "la réponse optimale à la question centrale de notre époque". Pour le PCUS, les nations d'aujourd'hui, à la différence de la Russie d'hier, n'ont pas besoin de changements révolutionnaires pour adopter l'exemple couronné de succès donné par l'URSS. De cette manière, le PCUS inverse ses relations avec les communistes d'autres pays qui savent très bien que, pour abolir la propriété privée, il leur faut rompre par la révolution le pouvoir de l'Etat bourgeois. Au lieu d'aider cette opposition, le PCUS donne une nouvelle définition à leurs objectifs: L'agitation des communistes doit consister à gagner les dirigeants politiques de leurs nations aux points de vue du PCUS sur les problèmes politiques et sociaux et à leurs propositions de solution.

Cette mission est tout d'abord anticommuniste. Elle est ensuite paradoxale parce que la définition des problèmes du socialisme réel diffère justement du catalogue des devoirs d'un Etat bourgeois par le fait que l'Union soviétique a réalisé une révolution sociale. Et si les amis de Moscou oublient ce détail, leur propre Etat a vite fait de leur rappeler cette vérité.

Finalement, cette mission se retourne contre ces communistes amis en exigeant que leur propagande s'adresse à une conscience idéologique de la problématique nationale qui ne désire que le succès de son pouvoir étatique. Et ce point de vue doit se laisser instruire et impressionner par le succès national d'un autre Etat, à savoir l'Union soviétique. Dans l'intérêt d'un brillant avenir de leur nation, les renvois "communistes" à l'exemple soviétique devraient se réduire au même dénominateur que les besoins politiques nationaux: cela ne peut fonctionner. Il ne s'agirait pas d'un point de vue national si celui-ci n'impliquait pas la délimitation par rapport aux "autres" ainsi que la méfiance contre les exemples étrangers et l'esprit de la concurrence. Il n'existe en effet qu'une seule raison nationale de vraiment vouloir s'inspirer du savoir-faire d'une nation étrangère, à savoir la lutte pour la survie nationale dans un monde d'Etats concurrentiels.

La contradiction consistant à vouloir enthousiasmer le point de vue national par le nationalisme mieux réussi d'une nation étrangère retombe sur les partis qui suivent la ligne du PCUS: ils doivent se décider un jour ou l'autre entre le point de vue "moscoutaire" ou les "couleurs nationales". Ce dilemme ne résulte pas des quelques soi-disant crimes politiques de l'Union soviétique – ceux-ci l'aiguisent tout au plus. Et il est évident que les partis qui peuvent se le permettre se séparent du PCUS pour adopter le point de vue du progrès national: Les "eurocommunistes" n'ont en effet jamais appris autre chose du PCUS que le patriotisme! Inversement, le fait de rester fidèle au modèle de Moscou est voué à l'échec permanent puisque le nationalisme n'a jamais été critiqué; car il suffit du seul soupçon d'un "asservissement aux Russes" pour entraîner un anticommunisme dur comme fer.

Le PCUS n'a pourtant pas sérieusement l'intention d'introduire son socialisme dans d'autres pays, même dans un cadre restreint - comment cela serait-il possible? Le modèle soviétique que le PCUS propage internationalement vise simplement à un changement de la mentalité des Etats hostiles pour qu'ils comprennent qu'il est possible de vivre en paix avec l'Union soviétique. C'est pourquoi la mission de propagande dont il charge les partis communistes alliés est plutôt absurde: ceux-ci doivent se comporter comme les porte-voix de la politique soviétique de paix, ce qui est, dans un monde démocratique, uj travail bien ingrat. Car même si les communistes prosoviétiques ne le voient pas ainsi: une "politique de paix" implique justement des "dangers" qui seraient impensables sans la présence d'une Union soviétique armée et préparée à la guerre. C'est pourquoi il est évident pour tout nationaliste que le parti pris de l'amour de la paix soviétique signifie la reconnaissance des raisons que l'Union soviétique a pour combattre. La propagande communiste pour la paix n'est pas seulement la continuation de la politique extérieure soviétique avec les moyens d'un parti agissant comme une cinquième colonne. Elle est aussi comprise de cette manière par tout nationaliste – que le message communiste n'a pas l'intention de convertir! – et rejetée avec véhémence. Le PCUS exige ici de ses partis amis un renoncement politique mortel!

Et il n'est même pas assuré que ces derniers en soient remerciés. Car sacrifier les efforts de communistes dans un pays, fait en effet partie de la logique de cette politique de paix, si c'est un moyen d'améliorer l'influence soviétique sur le gouvernement respectif. Au nom de la paix, qui pour le PCUS équivaut à de bonnes relations avec d'autres gouvernements, le parti est capable de n'importe quel cynisme envers une opposition sympathisant avec lui et qu'il a peut-être instauré lui-même. Pour lui, la sauvegarde de la paix, si passagère fût-elle, justifie toutes ses actions. Une fois de plus, le PCUS manifeste son erreur irréparable consistant à vouloir faire reconnaître son système dissident par les Etats démocratiques: loin d'empêcher que l'impérialisme ne prenne ce but pour un motif de faire la guerre, il accepte cet état de choses.

Avec sa politique de paix, le PCUS a réussi à anéantir ce qui se nommait "mouvement communiste international". Peu lui importe parce qu'il dispose selon ses vues d'un magnifique remplaçant: des nationalistes qui se préoccupent, quelles qu'en soient les raisons, de la paix ou de l'injustice sociale, sans jamais mentionner la lutte des classes, plaisent tout autant au parti que des partis communistes qui suivent sa ligne et encore mieux que des communistes tout court. Il les considère comme des amis indépendants de tout soupçon et qui peuvent donc d'autant mieux soutenir la politique de paix qu'il veut présenter aux nations impérialistes. Et cela le dérange peu lorsque ces patriotes propagent leur anticommunisme: le parti le leur pardonne au nom de la paix et du progrès.

Selon ce schéma, le PCUS a fait depuis des années des mouvements de libération anticolonialiste ses alliés, du point de vue politique et militaire. Le résultat en était prévisible: Après avoir acquis l'autonomie et établi une économie nationale, ces alliés commencèrent à se distancer de toute solidarité avec l'Est; à moins que la subversion impérialiste ou la guerre ne les obligent à demander l'assistance armée soviétique – et que le PCUS considère utile de la leur accorder. De la lutte anticolonialiste, il n'est resté que l'habitude impérialiste d'identifier "les Soviétiques" comme les instigateurs de ce qui dans le monde échappe au contrôle militaire de l'impérialisme. D'un côté, le PCUS ne veut pas que l'on lance de telles accusations contre lui, d'un autre côté, il les considère comme la preuve que tout ce qui est progressif, social, antiimpérialiste et humain trouve sa vraie patrie dans le parti.

Et aujourd'hui, tout semble bon au PCUS pour prouver ce fait. Il invite toute personnalité occidentale afin qu'elle témoigne de la générosité de l'hospitalité soviétique – voilà encore un moyen de prouver qu'il est possible d'avoir un monde plus pacifique. Le PCUS ne s'adresse au prolétariat capitaliste, qui travaille et dépérit dans les grandes puissances économiques, que par l'intermédiaire de vedettes de la télévision et de philosophes. Et c'est ce qui doit servir à la révolution mondiale? Sûrement pas! Mais peu importe au PCUS, car il ne la veut pas.


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© GegenStandpunkt Verlag 1998